Vous venez d'acheter un appartement et votre notaire vous a remis un épais document intitulé "Règlement de copropriété et état descriptif de division" que vous n'avez pas encore trouvé le courage de lire en entier. Votre syndic vous a refusé une autorisation de travaux en invoquant un article du règlement que vous avez du mal à interpréter. Vous souhaitez mettre votre appartement en location Airbnb et votre voisin vous dit que le règlement l'interdit. Vous trouvez une clause du règlement abusive et vous voulez savoir si vous pouvez la contester. Le règlement de copropriété est le texte fondateur qui organise la vie d'un immeuble. Il définit les droits et obligations de chaque copropriétaire, délimite les parties privatives et communes, fixe les règles d'usage et les conditions d'autorisation des travaux. Souvent rédigé dans un langage juridique touffu, il est pourtant indispensable de le connaître pour faire valoir ses droits dans la copropriété. Dans ce guide complet, je vous explique la structure d'un règlement de copropriété, comment identifier et interpréter ses principales clauses, les parties privatives et communes et leur délimitation, les règles d'usage qui encadrent vos travaux, les clauses qui peuvent limiter vos activités, comment faire modifier une clause ou adopter un nouvel article, et comment contester une clause abusive. Pour comprendre les autorisations d'urbanisme applicables aux travaux en copropriété, consultez notre article sur les travaux dans un appartement en copropriété.
Le règlement de copropriété est régi par la loi du 10 juillet 1965 et le décret du 17 mars 1967. Il est établi par acte notarié et publié au service de la publicité foncière. Il s'impose à tous les copropriétaires, présents et futurs, ainsi qu'à leurs locataires.
L'état descriptif de division (EDD) est souvent annexé au règlement ou y est incorporé. Il constitue la carte d'identité de chaque lot dans la copropriété.
Les tantièmes sont des fractions de l'ensemble des parties communes, exprimées en dix-millièmes (10 000 en tout pour la copropriété), en millièmes ou en centièmes selon l'immeuble. Ils jouent un double rôle :
Les tantièmes sont fixés lors de la création de la copropriété par le géomètre et le notaire. Ils sont calculés en tenant compte de la superficie du lot, de sa situation (étage élevé, exposition) et de sa consistance (avec ou sans cave, parking). Un appartement en dernier étage avec vue dégagée peut avoir plus de tantièmes qu'un appartement identique au rez-de-chaussée côté cour. La révision des tantièmes nécessite l'unanimité des copropriétaires et est donc très rare en pratique.
La distinction entre parties privatives et parties communes est le cœur du droit de la copropriété. Elle détermine qui peut utiliser quoi, qui est responsable de l'entretien de quoi, et qui peut décider de quoi.
Les parties privatives sont celles dont l'usage est réservé à un copropriétaire déterminé. En règle générale :
Les parties communes sont celles qui appartiennent à tous les copropriétaires et dont la gestion relève du syndicat. En règle générale :
Les clauses relatives à la destination de l'immeuble et à l'usage des parties privatives sont celles qui suscitent le plus de conflits. Elles encadrent les activités autorisées dans les appartements et les locaux.
La clause d'habitation bourgeoise (ou clause d'usage exclusivement bourgeois) est l'une des plus importantes et des plus contraignantes. Elle stipule que les appartements sont destinés à un usage exclusif d'habitation et interdit les activités commerciales, artisanales ou professionnelles. En pratique, elle interdit :
En revanche, la clause d'habitation bourgeoise n'interdit généralement pas le télétravail sans clientèle à domicile, une activité libérale sans enseigne ni clientèle régulière, ou la domiciliation d'une société sans activité physique dans l'appartement.
Certains règlements autorisent un usage mixte habitation/profession. Dans ce cas, les activités professionnelles sont admises sous certaines conditions (pas de clientèle bruyante, pas d'enseigne extérieure, pas de modification de l'aspect des parties communes). Les immeubles anciens du début du XXe siècle ont souvent des règlements à usage mixte qui permettent cabinets médicaux et bureaux.
Le règlement peut autoriser ou restreindre la présence d'animaux. Depuis la loi du 9 avril 1965, aucun règlement ne peut interdire la détention d'animaux familiers (chiens, chats) aux copropriétaires. En revanche, des restrictions sont possibles : interdiction d'accès de certains espaces communs aux animaux, obligation de tenir les chiens en laisse, interdiction d'animaux dangereux (chiens de 1re et 2e catégorie).
Les parties communes d'un immeuble en copropriété (couloirs, escaliers, hall d'entrée, toiture, façades, canalisations collectives) sont la propriété collective de tous les copropriétaires. Leur entretien et leur gestion relèvent du syndicat de copropriété. Aucun copropriétaire ne peut modifier, occuper ou dégrader une partie commune sans autorisation de l'assemblée générale. Le règlement de copropriété précise exactement la délimitation entre parties communes et parties privatives.
Le règlement de copropriété encadre ce que vous pouvez faire et ne pas faire dans votre appartement. Il distingue les travaux libres des travaux soumis à autorisation.
Les travaux qui ne touchent ni les parties communes ni les éléments porteurs sont en principe libres dans les parties privatives. Cela comprend :
L'autorisation de l'assemblée générale est requise pour :
Consultez notre article détaillé sur les travaux dans un appartement en copropriété pour les procédures complètes.
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La répartition des charges entre copropriétaires est l'une des sources de conflits les plus fréquentes. Elle est fixée par le règlement de copropriété et ne peut pas être modifiée unilatéralement par le syndic ou l'assemblée générale sans le respect des règles légales.
Les charges générales couvrent les dépenses nécessaires à la conservation, à l'entretien et à l'administration des parties communes générales : honoraires du syndic, nettoyage des parties communes, entretien des espaces verts, assurance de l'immeuble, ravalement de façade, réfection de la toiture. Elles sont réparties entre les copropriétaires en proportion de leurs tantièmes généraux. Cette répartition au prorata des tantièmes est obligatoire pour les charges générales et ne peut pas être modifiée sans unanimité.
Les charges spéciales concernent les équipements collectifs qui ne profitent pas à tous les copropriétaires de façon égale : ascenseur (ne concerne pas le rez-de-chaussée), chauffage collectif, gardiennage, interphone. Elles sont réparties entre les copropriétaires selon leur utilité respective, qui peut différer des tantièmes généraux. Un copropriétaire du rez-de-chaussée ne paie généralement pas les charges d'entretien de l'ascenseur s'il ne peut pas l'utiliser depuis son palier.
Si vous estimez que la répartition des charges dans votre copropriété est injuste ou erronée, plusieurs recours existent. La demande de révision judiciaire de la répartition peut être formée devant le tribunal judiciaire si un copropriétaire supporte une part de charge supérieure de plus d'un quart à ce qu'elle devrait être selon les critères légaux. Cette action n'est possible que dans les 5 ans suivant la publication du règlement ou sa modification.
Modifier le règlement de copropriété est possible mais nécessite de suivre une procédure précise. La majorité requise dépend de la nature de la modification.
Certaines clauses de règlements anciens sont contraires au droit actuel ou imposent des obligations injustifiées. La loi de 1965 prévoit des mécanismes pour les remettre en cause.
Certaines clauses sont réputées non écrites de plein droit car contraires à des dispositions d'ordre public de la loi de 1965. Elles n'ont pas besoin d'une décision de justice pour être invalidées : elles sont simplement inopposables. Exemples de clauses réputées non écrites :
D'autres clauses peuvent être annulées par le tribunal judiciaire à la demande de tout copropriétaire. L'action en nullité doit être portée devant le tribunal judiciaire. Exemples de clauses annulables :
La loi SRU de 2000 et la loi ALUR de 2014 ont imposé aux copropriétés de mettre à jour leurs règlements pour supprimer les clauses discriminatoires ou contraires à la loi. Cette obligation pèse en théorie sur le syndic et les copropriétaires, mais elle est peu appliquée en pratique. De nombreux règlements anciens contiennent encore des clauses obsolètes. Si vous identifiez une clause obsolète ou discriminatoire, vous pouvez demander au syndic de proposer sa suppression lors de la prochaine assemblée générale.
Ces deux documents sont souvent confondus mais ils organisent des situations juridiques très différentes.
Le règlement de copropriété s'applique à un immeuble bâti divisé en lots. Il régit les relations entre les propriétaires des différents lots (appartements, parkings, etc.) et l'entretien des parties communes (escaliers, toiture, façades). Il est créé lors de la construction de l'immeuble ou de sa mise en copropriété, et s'impose à tous les propriétaires successifs.
Le cahier des charges de lotissement s'applique à une opération d'aménagement foncier divisant un terrain en plusieurs lots à bâtir. Il fixe les règles applicables aux constructions : nature des matériaux, hauteurs, implantation, aspect des clôtures, usage des terrains. Contrairement au règlement de copropriété, il n'y a pas de parties communes (chaque propriétaire est propriétaire de son terrain en pleine propriété). Pour un développement complet sur ce sujet, consultez notre article sur le lotissement et les droits des colotis.
La modification d'une clause du règlement de copropriété nécessite un vote en assemblée générale dont la majorité varie selon la nature de la clause. La majorité absolue (article 25) suffit pour les clauses de jouissance des parties communes. L'unanimité est requise pour toucher à la répartition des charges ou aux droits de vote. Une fois votée, la modification doit être constatée par acte notarié et publiée au service de la publicité foncière pour être opposable aux futurs acquéreurs.
Le règlement de copropriété doit être lu avant de signer un compromis de vente. Il peut contenir des clauses qui limitent fortement l'usage de l'appartement (interdiction de certaines activités, restrictions sur les travaux, charges spéciales élevées). Un appartement au rez-de-chaussée dans un immeuble dont le règlement autorise les commerces peut être transformé et loué comme bureau. Le même appartement dans un immeuble avec clause d'habitation bourgeoise stricte ne peut pas l'être. Cette différence peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros de valeur.
Commencer des travaux sans vérifier s'ils nécessitent l'autorisation de l'AG peut exposer à une mise en demeure de remettre en état. Un copropriétaire qui perce un mur porteur commun sans autorisation peut être contraint de remettre le mur en état à ses frais. Consultez toujours le règlement et le syndic avant tout travaux importants.
Certains immeubles disposent en plus du règlement de copropriété d'un règlement intérieur. Le règlement intérieur précise les règles pratiques de vie courante (horaires de travaux, accès au parking, usage du local vélos) qui n'ont pas la même valeur juridique que le règlement de copropriété. Il peut être modifié par vote en assemblée générale à la majorité simple. Ces deux documents sont différents et complémentaires.
Si vous mettez votre appartement en location, vous êtes tenu de remettre une copie du règlement à votre locataire. Si votre locataire viole le règlement (nuisances, dépôt d'objets dans les parties communes, non-respect des horaires), vous pouvez être tenu responsable vis-à-vis du syndicat et contraint de faire cesser les troubles. Mentionnez dans le bail les principales obligations découlant du règlement de copropriété.
Une décision d'assemblée générale votant une modification du règlement de copropriété n'est pas suffisante seule. La modification doit être ensuite formalisée par acte notarié et publiée au service de la publicité foncière. Sans cette publication, la modification n'est pas opposable aux futurs acquéreurs des lots. Le coût de cette publication notariale (quelques centaines d'euros) doit être prévu dans le budget de la modification.
Le règlement de copropriété n'est pas un document qu'on lit une fois lors de l'achat et qu'on oublie ensuite. C'est le texte qui gouverne votre quotidien de copropriétaire : vos droits sur votre appartement, vos obligations envers les autres, ce que vous pouvez faire et ne pas faire, ce que vous pouvez décider seul et ce qui nécessite l'accord collectif. Le lire attentivement, l'avoir sous la main avant tout projet de travaux, et savoir comment faire évoluer ses clauses quand elles ne correspondent plus aux besoins actuels des copropriétaires : ce sont les trois réflexes d'un copropriétaire averti. La copropriété n'est pas une contrainte subie mais un cadre de vie partagé dont vous êtes à la fois bénéficiaire et acteur. Participer aux assemblées générales, comprendre les enjeux des décisions collectives, contribuer à l'évolution du règlement quand c'est nécessaire : c'est exercer pleinement vos droits de copropriétaire.
Les points essentiels à retenir :
Création d'ouvertures en façade, installation d'une VMC avec grilles visibles, ravalement, surélévation : ces travaux nécessitent, en plus de l'accord de l'AG, une autorisation d'urbanisme. Je constitue le dossier complet (déclaration préalable ou permis de construire) : plans avant/après, photographies de façades, notice descriptive. En secteur ABF, le dossier est adapté aux exigences de l'Architecte des Bâtiments de France. Travail à distance, soigné et réactif. Devis gratuit sous 48h.
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Article mis à jour en juin 2026 - Réglementation applicable en France métropolitaine
Le statut de la copropriété est régi par la loi du 10 juillet 1965
et le décret du 17 mars 1967.
Les règles de majorité pour les modifications du règlement de copropriété
sont définies aux articles 24, 25, 26 et 26-1 de la loi de 1965.
Pour toute question complexe, consultez l'ADIL de votre département
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