Permis de Construire en Indivision : Qui Peut Déposer et Comment
22/06/2026
Temps de lecture :
9 minutes
Permis de Construire en Indivision : Qui Peut Déposer et Comment
Vos parents vous ont laissé en héritage un grand terrain constructible
que vous partagez en indivision avec vos deux frères et sœurs.
Vous souhaitez y construire votre maison,
mais l'un de vos frères refuse de signer quoi que ce soit.
Ou bien vous avez acheté un terrain en commun avec votre conjoint
avant votre mariage et vous vous demandez
si vous devez tous les deux signer le dossier de permis
ou si l'un de vous peut agir seul.
L'indivision est une situation fréquente en France,
notamment lors des successions et des achats en commun.
Elle crée des situations où plusieurs personnes
sont propriétaires d'un même bien
sans que leurs parts soient physiquement délimitées.
Construire sur un tel terrain soulève des questions
que le Code de l'urbanisme ne résout pas seul :
il faut aussi faire appel au droit civil.
Dans ce guide, je vous explique ce qu'est l'indivision
et comment elle s'articule avec le dépôt
d'un permis de construire,
qui peut signer le dossier,
ce qu'il faut faire quand un indivisaire s'oppose,
comment sortir de l'impasse
et comment préparer le dossier de permis
pour éviter les complications administratives.
Qu'est-ce que l'indivision ?
L'indivision est une situation juridique dans laquelle
un bien appartient à plusieurs personnes
sans que leurs parts respectives soient physiquement séparées.
Chaque indivisaire est propriétaire d'une quote-part
du bien dans son ensemble,
et non d'une partie délimitée de ce bien.
Les situations d'indivision les plus fréquentes
sur les terrains à bâtir sont :
La succession :
lorsque plusieurs héritiers héritent ensemble
d'un terrain appartenant à un parent décédé,
ils entrent de plein droit en indivision
jusqu'au partage de la succession
L'achat en commun :
deux personnes ou plus qui achètent ensemble
un terrain sans créer de société
(SCI notamment) sont en indivision
La donation partagée :
un terrain donné à plusieurs enfants
en parts indivises crée une indivision entre eux
Le divorce non réglé :
un terrain appartenant aux deux époux
reste en indivision jusqu'au partage de la communauté
L'indivision est régie par les articles 815 et suivants
du Code civil, qui organisent les droits et obligations
des indivisaires entre eux.
Ce que dit le Code de l'urbanisme
Le Code de l'urbanisme est silencieux sur la question
de l'indivision dans la procédure de permis de construire.
Il se borne à exiger que le demandeur justifie
d'un titre à construire sur le terrain concerné.
L'article R.431-5 du Code de l'urbanisme prévoit
que le dossier de permis doit comporter
une attestation du demandeur
certifiant qu'il a qualité pour déposer la demande,
c'est-à-dire qu'il est propriétaire, locataire
avec autorisation du propriétaire,
ou titulaire d'une autre forme de droit à construire.
La qualité d'indivisaire constitue un titre
valable pour déposer une demande de permis.
La mairie n'a pas à vérifier
les conditions internes de l'indivision :
elle instruit la demande sur ses mérites urbanistiques
et non sur la question de savoir
si tous les indivisaires sont d'accord.
Acte d'administration ou acte de disposition ?
La question fondamentale en droit civil
est de savoir quelle règle de majorité s'applique
pour le dépôt d'un permis de construire sur un terrain indivis.
Le Code civil distingue deux catégories d'actes
selon leur impact sur le patrimoine de l'indivision :
Les actes d'administration
Les actes d'administration sont les actes
de gestion courante du bien.
Ils peuvent être décidés à la majorité des deux tiers
des droits indivis (article 815-3 du Code civil).
La majorité est calculée en droits et non en têtes :
si l'un des trois héritiers détient 50 % des droits indivis
et les deux autres 25 % chacun,
le premier peut agir seul pour les actes d'administration.
Les actes de disposition
Les actes de disposition sont les actes
qui modifient substantiellement la substance du bien :
vente, hypothèque, construction nouvelle importante.
Ils nécessitent en principe l'accord de tous les indivisaires
(unanimité).
La qualification du dépôt d'un permis de construire
La jurisprudence et la doctrine penchent
vers la qualification d'acte d'administration
pour le seul dépôt du dossier de permis,
qui ne modifie pas encore le bien lui-même.
En revanche, la réalisation des travaux de construction
est généralement qualifiée d'acte de disposition,
car elle transforme substantiellement le terrain.
Cette distinction importante signifie que :
Le dépôt du dossier de permis peut être fait
par les indivisaires représentant au moins les deux tiers
des droits, sans unanimité
Le démarrage effectif des travaux peut requérir l'accord
de tous les indivisaires, sous peine de recours civil
de ceux qui n'ont pas consenti
L'indivision successorale place plusieurs héritiers en copropriété d'un même terrain sans délimitation physique. Pour déposer un permis de construire, les indivisaires représentant au moins les deux tiers des droits peuvent agir sans unanimité (acte d'administration). En revanche, la réalisation des travaux de construction est considérée comme un acte de disposition qui nécessite en principe l'accord de tous les indivisaires pour éviter tout recours civil.
Qui peut signer le dossier de permis ?
En pratique, plusieurs configurations sont possibles
pour signer et déposer le dossier de permis :
Tous les indivisaires signent ensemble :
c'est la solution la plus simple et la plus solide.
Tous les noms figurent sur le dossier,
ce qui évite tout litige ultérieur sur la légitimité
du demandeur. Le dossier est déposé en commun
Un indivisaire signe avec procuration des autres :
l'un des indivisaires est désigné mandataire
par les autres et dépose le dossier en leur nom.
La procuration doit être écrite et préciser
l'objet du mandat (dépôt d'un permis de construire
pour telle construction sur tel terrain)
Un ou plusieurs indivisaires déposent sans les autres :
possible si les demandeurs représentent
au moins les deux tiers des droits indivis.
Le demandeur se déclare propriétaire indivis du terrain.
La mairie n'exige pas de justificatif de l'accord des autres.
Risque civil si les absents contestent ultérieurement
Même si la mairie accepte un dossier déposé par un seul indivisaire,
cela ne règle pas la question civile.
Si l'un des indivisaires absent s'oppose à la construction,
il peut engager une action civile pour faire constater
que les travaux ont été entrepris sans son accord
et demander des dommages-intérêts,
voire l'arrêt du chantier.
Obtenir l'accord de tous les indivisaires
avant de démarrer les travaux est toujours recommandé.
Que faire en cas de blocage d'un indivisaire ?
Si un indivisaire refuse de donner son accord
et représente plus d'un tiers des droits,
plusieurs voies peuvent être envisagées,
du dialogue amiable au recours judiciaire :
La voie amiable
Engagez un dialogue approfondi sur les raisons du blocage.
Un refus peut cacher une incompréhension du projet,
une méfiance sur les conséquences pour l'indivision,
ou une demande financière non formulée
La médiation familiale ou la médiation professionnelle
peut débloquer des situations où la communication
est difficile entre membres d'une même famille
Une convention d'indivision notariée peut organiser
les droits de chacun et prévoir des mécanismes
de décision pour l'avenir
La voie judiciaire
Saisir le tribunal judiciaire pour obtenir
l'autorisation de passer outre l'opposition
d'un indivisaire, sur le fondement de l'article 815-5
du Code civil, si cette opposition est de nature
à compromettre les intérêts communs de l'indivision
Cette procédure est longue (1 à 3 ans)
et incertaine dans son résultat.
Elle est rarement la solution la plus efficace
Si le blocage est total et durable,
la licitation judiciaire (vente aux enchères)
peut être demandée pour sortir de l'indivision
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L'article 815 du Code civil pose le principe
que nul n'est contraint de rester dans l'indivision.
Tout indivisaire peut demander le partage à tout moment.
Cette sortie de l'indivision est la solution
la plus radicale mais aussi la plus définitive.
Elle peut prendre plusieurs formes :
Le partage amiable :
tous les indivisaires s'accordent
sur la répartition du terrain entre eux
(attribution de lots distincts à chacun)
ou sur sa vente et le partage du prix.
Si le terrain est suffisamment grand,
une division de terrain
préalable permet d'attribuer à chacun
une parcelle dont il devient seul propriétaire
La licitation judiciaire :
si le partage amiable est impossible,
le tribunal peut ordonner la vente du terrain
aux enchères et le partage du prix entre indivisaires.
Cette solution met fin à l'indivision mais
peut ne permettre à aucun des indivisaires de construire
Le rachat des parts :
l'un des indivisaires rachète les parts des autres
et devient seul propriétaire.
Il peut ensuite construire librement
Comment préparer le dossier de permis en indivision
Sur le plan pratique, le dossier de permis de construire
d'un terrain en indivision se prépare
comme tout autre dossier de permis.
Quelques points méritent une attention particulière :
Dans le formulaire Cerfa,
le demandeur coche "propriétaire (en indivision)"
dans la rubrique relative au titre à construire
Si plusieurs indivisaires signent ensemble,
leurs noms et qualités sont tous mentionnés
Un justificatif de la qualité d'indivisaire
peut être joint au dossier :
extrait cadastral au nom de l'indivision,
acte de succession, ou attestation notariale
Si un mandataire dépose au nom des indivisaires,
la procuration écrite et signée par chaque mandant
doit être jointe au dossier
La surface de plancher autorisée,
les plans et la notice descriptive
sont préparés selon les règles habituelles,
indépendamment de la situation d'indivision
Le cas particulier de la succession non réglée
Lorsqu'une succession n'est pas encore réglée
et que le terrain est toujours enregistré au cadastre
au nom du défunt,
la situation se complexifie sur le plan administratif.
En théorie, les héritiers sont propriétaires indivis
depuis le jour du décès.
En pratique, quelques précautions s'imposent :
Joignez au dossier de permis
un acte de notoriété ou un certificat d'hérédité
établi par le notaire,
qui atteste de la qualité d'héritier du demandeur
Si la succession est en cours,
coordonnez votre démarche avec le notaire chargé du dossier.
Il peut établir une attestation immobilière provisoire
permettant de justifier des droits sur le terrain
Si certains héritiers sont encore inconnus
ou si la succession est contestée,
attendez que la situation successorale soit clarifiée
avant de déposer un permis
Lorsque la succession n'est pas encore réglée, un acte de notoriété ou une attestation immobilière établie par le notaire permet de justifier de la qualité d'indivisaire du demandeur dans le dossier de permis de construire. Le notaire peut également jouer un rôle de coordinateur entre les héritiers pour faciliter l'accord sur le projet de construction.
Situations fréquentes et conseils pratiques
Cas 1 : nous sommes trois héritiers sur un terrain de 1 500 m², l'un d'eux veut construire
Si les trois héritiers ont des parts égales (1/3 chacun),
l'un d'eux seul ne représente que 33 %,
soit moins des deux tiers nécessaires
pour agir seul pour un acte d'administration.
Deux d'entre eux (représentant 66 %) peuvent agir ensemble
La solution la plus propre est de procéder
à une division du terrain en trois lots
et à un partage de l'indivision,
pour que celui qui veut construire
devienne seul propriétaire de son lot.
Consultez notre article sur la
division de terrain
Si la division n'est pas souhaitée,
formalisez l'accord des autres indivisaires
par une procuration notariée
avant de déposer le permis et de démarrer les travaux
Cas 2 : j'ai acheté un terrain avec mon ex-conjoint et nous sommes en instance de divorce
Pendant la procédure de divorce,
le terrain est en indivision post-communautaire.
Toute décision importante le concernant
(dont la construction) doit en principe faire l'objet
d'un accord entre les deux parties
Dans le cadre de la procédure de divorce,
le juge aux affaires familiales peut être saisi
pour statuer sur la gestion des biens indivis
en attendant le partage définitif
Attendez idéalement le partage de la communauté
pour construire, pour éviter tout litige ultérieur
sur la propriété de la construction
Cas 3 : mon co-indivisaire vit à l'étranger et est difficile à joindre
Tentez de contacter votre co-indivisaire
par tous les moyens disponibles :
courrier recommandé avec AR à sa dernière adresse connue,
courriel, intermédiaire familial
Si votre co-indivisaire est totalement introuvable,
il est possible de saisir le tribunal judiciaire
pour faire désigner un administrateur provisoire
chargé de gérer les intérêts du co-indivisaire absent
Dans tous les cas, consultez un notaire ou un avocat
avant de prendre une décision engageant l'indivision
sans l'accord de tous ses membres
Checklist permis de construire en indivision :
1. Identifier tous les indivisaires et leurs quotes-parts
2. Calculer si les demandeurs représentent au moins les deux tiers des droits
3. Obtenir si possible l'accord de tous les indivisaires par écrit
4. Sinon, établir une procuration pour le mandataire
5. Joindre au dossier un justificatif de la qualité d'indivisaire
6. Cocher "propriétaire en indivision" dans le formulaire Cerfa
7. Consulter un notaire si la succession n'est pas réglée
8. Envisager une division du terrain si chacun veut construire librement
Conclusion : l'accord préalable, la meilleure fondation
Construire sur un terrain en indivision est techniquement possible,
mais exige une préparation soigneuse sur le plan civil.
Le Code de l'urbanisme ne s'oppose pas
à ce qu'un indivisaire dépose un permis,
mais le droit civil impose d'obtenir l'accord
de la majorité des deux tiers pour agir,
et idéalement l'unanimité pour démarrer les travaux.
La solution la plus saine reste toujours
de régulariser la situation d'indivision
avant de construire : partage du terrain,
rachat des parts ou partage de l'indivision
permettent à chacun de connaître précisément
ses droits et d'agir librement sur son bien.
Quand le partage préalable n'est pas possible,
une procuration des co-indivisaires
et un accompagnement notarial sont indispensables
pour construire sereinement.
Les points essentiels à retenir :
L'indivision naît d'une succession, d'un achat en commun ou d'une donation partagée.
Le Code de l'urbanisme accepte un indivisaire comme demandeur d'un permis.
Le dépôt du dossier est un acte d'administration, décidable à la majorité des deux tiers.
La réalisation des travaux est un acte de disposition qui nécessite en principe l'unanimité.
L'accord de tous les indivisaires par écrit est toujours recommandé avant de construire.
Un mandataire commun peut déposer le dossier au nom de tous avec une procuration.
En cas de blocage, la division du terrain et le partage de l'indivision est la solution la plus sûre.
Le tribunal judiciaire peut autoriser de passer outre l'opposition d'un indivisaire.
Pour une succession non réglée, un acte de notoriété ou une attestation notariale est recommandé.
Consulter un notaire avant de déposer un permis en indivision est toujours utile.
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Article mis à jour en juin 2026 - Réglementation applicable en France métropolitaine
L'indivision est régie par les articles 815 et suivants du Code civil.
Les actes d'administration de l'indivision sont définis par l'article 815-3.
Le droit de demander le partage est prévu par l'article 815 alinéa 1.
Les conditions du dossier de permis de construire, notamment
la justification du titre à construire, sont fixées par l'article R.431-5
du Code de l'urbanisme. Pour toute situation spécifique,
consultez un notaire ou un avocat spécialisé en droit immobilier.