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Contrat d'assurance dommages-ouvrage posé devant un chantier de construction de maison individuelle
Assurance Dommages-Ouvrage : Obligation, Coût et Démarches
03/06/2026
Temps de lecture :
10 minutes

Assurance Dommages-Ouvrage : Obligation, Coût et Démarches

Vous faites construire votre maison et votre constructeur ou votre banquier vous parle d'assurance dommages-ouvrage. Vous ne savez pas exactement ce que c'est, à quoi elle sert, combien elle coûte et si vous êtes vraiment obligé de la souscrire. Vous avez entendu dire que beaucoup de particuliers ne la souscrivent pas et ne semblent pas s'en plaindre. Mais vous hésitez à prendre ce risque. L'assurance dommages-ouvrage (DO) est l'une des assurances les moins bien comprises dans le monde de la construction, mais aussi l'une des plus importantes. Elle protège le propriétaire contre les malfaçons graves pendant dix ans après la réception des travaux, sans qu'il ait à prouver la faute du constructeur ou à attendre l'issue d'un procès. En cas de sinistre décennal, c'est elle qui paie d'abord et qui se retourne ensuite contre le responsable. Sans elle, le propriétaire se retrouve à financer les réparations de sa propre poche pendant des années de procédure judiciaire. Dans ce guide complet, je vous explique ce qu'est exactement la DO, pourquoi elle est obligatoire, ce qu'elle couvre et ce qu'elle ne couvre pas, combien elle coûte et comment la trouver, quand la souscrire, les risques d'une absence de DO, et comment la mettre en jeu en cas de sinistre. Pour comprendre les étapes qui précèdent l'assurance, consultez notre guide sur le permis de construire et notre article sur la DAACT.

Principe et fondement légal de la DO

L'assurance dommages-ouvrage est née de la loi Spinetta du 4 janvier 1978, codifiée aux articles L241-1 et L242-1 du Code des assurances. Cette loi a réformé en profondeur le droit de la construction en France en instituant un double régime d'assurance obligatoire : d'un côté les constructeurs doivent assurer leur responsabilité décennale, de l'autre le maître d'ouvrage doit assurer le bâtiment lui-même.

L'objectif de la loi Spinetta

Avant 1978, un propriétaire victime d'une malfaçon grave devait engager une procédure judiciaire contre le constructeur pour prouver sa faute et obtenir réparation. Cette procédure pouvait durer 5 à 10 ans, pendant lesquelles le propriétaire vivait avec la malfaçon sans pouvoir la financer. La loi Spinetta a inversé la logique : l'assureur DO répare d'abord sans rechercher la responsabilité, puis se retourne contre l'assureur décennal du constructeur. Le propriétaire est protégé rapidement, et c'est entre assureurs que le litige se règle.

Qui est concerné par l'obligation ?

  • Tout maître d'ouvrage faisant réaliser des travaux soumis à la garantie décennale, qu'il soit particulier ou professionnel
  • Les constructeurs professionnels (promoteurs immobiliers) qui construisent pour vendre sont soumis à une obligation particulièrement stricte (sanction pénale en cas d'absence de DO)
  • Les particuliers qui font construire pour leur propre usage ne sont pas sanctionnés pénalement en cas d'absence, mais s'exposent aux risques financiers décrits plus loin
La DO en résumé :

Souscrite par : le maître d'ouvrage (celui qui fait construire)

Avant : l'ouverture du chantier

Durée : 10 ans après réception des travaux

Avantage clé : indemnisation rapide sans attendre un jugement

Coût : 1 à 3 % du coût de construction TTC

Fondement légal : loi Spinetta du 4 janvier 1978, article L242-1 du Code des assurances

DO vs garantie décennale : deux assurances distinctes

La confusion entre assurance dommages-ouvrage et garantie décennale est très fréquente. Ce sont pourtant deux assurances totalement distinctes qui fonctionnent en tandem dans l'architecture du droit de la construction française.

La garantie décennale : souscrite par le constructeur

La garantie décennale est souscrite par le constructeur (entreprise de maçonnerie, artisan, architecte). Elle couvre sa responsabilité professionnelle pendant 10 ans après la réception des travaux. Si un désordre décennal survient, le propriétaire peut se retourner contre le constructeur et son assureur décennal pour obtenir réparation. Mais cela implique de prouver la faute du constructeur et d'engager une procédure judiciaire si ce dernier conteste. La durée de cette procédure peut être de plusieurs années.

La DO : souscrite par le maître d'ouvrage

La DO est souscrite par le maître d'ouvrage (celui qui fait construire). Elle couvre le bâtiment lui-même, pas la responsabilité de quiconque. En cas de désordre décennal, l'assureur DO intervient directement pour financer les réparations, sans attendre qu'un tribunal désigne le responsable. L'assureur DO se retourne ensuite contre les assureurs décennaux des constructeurs en action de recours. C'est le mécanisme d'avance de trésorerie qui constitue la principale valeur ajoutée de la DO.

Le fonctionnement en tandem

Exemple de sinistre avec DO :

Situation : 3 ans après la réception, d'importantes fissures structurelles apparaissent dans les murs porteurs de votre maison.

Avec DO : vous déclarez le sinistre à votre assureur DO. Dans les 90 jours, il mandate un expert, reconnaît le désordre décennal et finance les réparations. Vous pouvez faire réparer rapidement. L'assureur DO se retourne ensuite contre l'assureur décennal du maçon responsable pour récupérer sa mise.

Sans DO : vous devez assigner le maçon en justice. La procédure dure 3 à 5 ans. Pendant ce temps, vous financez vous-même les réparations urgentes ou vivez avec les fissures. Si le maçon est insolvable ou a fermé son entreprise, votre recours peut être sans effet pratique.

Ce que la DO couvre

La DO couvre les désordres relevant de la responsabilité décennale des constructeurs, telle que définie par l'article 1792 du Code civil.

Les désordres compromettant la solidité de l'ouvrage

  • Fissures structurelles : fissures dans les murs porteurs, les fondations, les dalles, qui compromettent la solidité du bâtiment. Attention : toutes les fissures ne sont pas décennales. Les fissures superficielles dans les enduits ou les plâtres relèvent d'autres garanties
  • Tassements différentiels des fondations : affaissement ou soulèvement inégal du bâtiment dû à un défaut de fondation. Souvent le sinistre le plus coûteux
  • Déformations de la charpente : déformation excessive ou rupture de la charpente compromettant la tenue de la toiture
  • Effondrement ou risque d'effondrement : situation de danger immédiat pour les occupants

Les désordres rendant l'ouvrage impropre à sa destination

  • Infiltrations graves de la toiture : une toiture qui laisse passer l'eau de façon récurrente rend le bâtiment impropre à l'habitation
  • Défauts d'étanchéité des façades : murs qui laissent passer l'humidité rendant les murs intérieurs humides et moisissants
  • Défauts d'isolation thermique graves : si l'isolation est tellement défaillante que le bâtiment est impropre à une habitation normale (températures invivables en hiver malgré le chauffage)
  • Dysfonctionnement des équipements indissociables : le chauffage intégré à la structure (plancher chauffant, radiateurs encastrés) peut relever de la garantie décennale s'il est indissociable de l'ouvrage

Ce que la DO n'indemnise pas

Comprendre les exclusions de la DO est aussi important que de comprendre ce qu'elle couvre. Beaucoup de déceptions lors d'un sinistre viennent d'une mauvaise compréhension du périmètre de garantie.

Les défauts esthétiques

Les problèmes purement esthétiques, sans incidence sur la solidité ou l'usage du bâtiment, ne sont pas couverts par la DO. Un enduit de mauvaise qualité qui présente des irrégularités, une peinture qui cloque, un carrelage légèrement de travers, des joints de faïence mal exécutés : tous ces défauts relèvent de la garantie de parfait achèvement (1 an) ou de la garantie biennale (2 ans), mais pas de la garantie décennale ni donc de la DO.

Les équipements dissociables

Les équipements qui peuvent être remplacés sans toucher à l'ouvrage (chaudière, robinetterie, volets, équipement de cuisine, luminaires) ne relèvent pas de la garantie décennale. Leur défaillance relève de la garantie biennale des équipements (2 ans après réception) ou de la garantie légale des vices cachés. La DO ne les couvre donc pas.

Les dommages immatériels

La DO couvre les dommages matériels à l'ouvrage, pas les dommages immatériels qui en découlent : perte de loyers pendant les travaux de réparation, frais d'hébergement si le logement est inhabitable, préjudice moral, perte de valeur du bien. Ces dommages immatériels peuvent faire l'objet d'une réclamation séparée auprès du constructeur dans le cadre d'une action en responsabilité, mais la DO elle-même ne les couvre pas.

Les dommages causés par le maître d'ouvrage

Si un sinistre résulte d'un mauvais entretien du bâtiment par le propriétaire, d'une modification non autorisée par le propriétaire, ou d'un usage anormal du bâtiment, la DO ne couvrira pas ce sinistre. La DO couvre les désordres imputables aux constructeurs, pas les dommages créés par les occupants.

Les dommages antérieurs à la réception

La DO prend effet à la réception des travaux. Les désordres constatés avant la réception sont à la charge des constructeurs directement (obligation contractuelle de livrer un ouvrage conforme). Ils ne passent par la DO qu'après réception.

Coût de la DO : les fourchettes en 2026

Le coût de l'assurance dommages-ouvrage est exprimé en pourcentage du coût total de la construction TTC. Il varie selon les assureurs, les caractéristiques du projet et le profil du maître d'ouvrage.

Les fourchettes de prix en 2026

  • Construction neuve classique en entreprise générale ou avec CMI (contrat de construction de maison individuelle) : 1 à 1,5 % du coût TTC. Pour une maison à 250 000 €, la prime sera de 2 500 à 3 750 €
  • Construction avec architecte et entreprises séparées : 1 à 2 % du coût TTC. Le projet est jugé plus maîtrisé avec un architecte qui suit le chantier
  • Autoconstruction partielle ou auto-promotion : 2 à 4 % du coût TTC. Le risque perçu par l'assureur est plus élevé quand le maître d'ouvrage supervise lui-même les artisans sans maître d'œuvre professionnel
  • Construction avec techniques non conventionnelles (ossature bois, paille, terre crue, béton de chanvre) : 1,5 à 4 % selon les assureurs et les techniques. Certains assureurs refusent ces projets ou les surtariffent fortement
  • Rénovation lourde : 1,5 à 3 % du coût des travaux TTC

Ce qui fait varier le prix

  • La présence d'un maître d'œuvre ou d'un architecte (réduit le tarif car le projet est mieux suivi)
  • Les garanties décennales des entreprises intervenant sur le chantier (vérifiez toujours les attestations)
  • Le type de terrain (zone géotechnique instable augmente le tarif)
  • La surface et le coût total de la construction
  • Les techniques constructives (techniques conventionnelles = tarif plus bas)
  • L'historique de sinistres du maître d'ouvrage
Fissures structurelles importantes dans les murs d'une maison neuve relevant de la garantie décennale et de l'assurance dommages-ouvrage

Les fissures structurelles dans les murs porteurs ou les fondations constituent des désordres décennaux couverts par l'assurance dommages-ouvrage. Avec une DO en vigueur, le propriétaire déclare le sinistre à son assureur qui mandate un expert et finance les réparations dans les 90 jours, sans attendre l'issue d'un éventuel litige judiciaire avec le constructeur. C'est l'avantage fondamental de la DO par rapport à un recours direct contre le constructeur.

Comment et quand souscrire

La souscription de la DO doit être faite avant l'ouverture du chantier. La procédure prend généralement quelques semaines. Ne la remettez pas à la dernière minute.

Quand souscrire ?

  • Idéalement : dès l'obtention du permis de construire, pour avoir le temps de comparer les offres et de régulariser le contrat avant le premier coup de pelle
  • Obligatoirement : avant l'ouverture du chantier (avant le premier acte de construction : terrassement, fondations)
  • Ne jamais attendre : si le chantier est commencé sans DO, certains assureurs refuseront de couvrir les travaux déjà réalisés. La DO souscrite en cours de chantier peut exclure les désordres liés aux travaux déjà effectués

Les pièces à fournir pour obtenir un devis

  • Le permis de construire (ou le récépissé de dépôt si le permis n'est pas encore accordé)
  • Les plans du projet (plan de masse, plans de niveaux, façades, coupe)
  • Le descriptif technique des travaux (notice descriptive détaillée des matériaux, des techniques constructives, des équipements)
  • Le coût estimatif de la construction TTC (budget prévisionnel ou devis des entreprises)
  • Les coordonnées des entreprises intervenant sur le chantier et leurs attestations d'assurance décennale
  • L'étude de sol géotechnique si disponible
  • Les coordonnées du maître d'œuvre ou de l'architecte si le projet en comporte un

Trouver un assureur

  • Votre assureur habituel : commencez par demander un devis à votre assureur multirisques. Certains groupes (Macif, Maif, Groupama, Allianz, Axa, MMA, etc.) proposent des DO pour les particuliers. Les conditions et tarifs varient selon les compagnies
  • Un courtier spécialisé en assurance construction : pour les projets complexes, non conventionnels ou difficiles à assurer, un courtier spécialisé connaît les marchés et peut trouver une solution que votre assureur habituel ne propose pas
  • La Caisse Centrale de Réassurance (CCR) : en dernier recours, si tous les assureurs refusent, vous pouvez saisir le Bureau Central de Tarification (BCT) qui oblige un assureur à vous couvrir

Le Bureau Central de Tarification

Si aucun assureur n'accepte de vous couvrir (notamment pour les projets avec techniques non conventionnelles ou pour les autoconstructions), vous pouvez saisir le Bureau Central de Tarification (BCT). Le BCT est un organisme qui peut contraindre un assureur à vous couvrir à un tarif qu'il fixe lui-même. Cette procédure est utile en dernier recours mais le tarif fixé par le BCT peut être élevé. Renseignez-vous auprès du BCT directement sur la procédure à suivre.

Risques de l'absence de DO

De nombreux particuliers construisent sans DO, se disant qu'ils "feront attention" à choisir de bonnes entreprises et que le risque est faible. Cette approche sous-estime plusieurs réalités.

Risque 1 : un sinistre coûteux à financer seul

Les sinistres décennaux les plus fréquents (tassements différentiels, infiltrations graves) sont aussi les plus coûteux. Une reprise de fondations peut coûter de 20 000 à 100 000 €. Une étanchéité de toiture refaite coûte de 5 000 à 30 000 €. Sans DO, le propriétaire finance ces réparations de sa propre poche le temps que la procédure judiciaire aboutisse, ce qui peut prendre plusieurs années.

Risque 2 : un constructeur insolvable

Si le constructeur responsable du sinistre est en faillite ou a cessé son activité (très fréquent dans le bâtiment), le recours contre lui est difficile ou impossible. Son assureur décennal peut être sollicité directement, mais la procédure est complexe. Avec une DO, c'est votre assureur qui gère ce recours. Sans DO, c'est vous qui devez gérer ce recours souvent infructueux.

Risque 3 : problèmes lors de la revente

Lors de la revente de votre maison, l'absence de DO doit être signalée à l'acheteur dans l'acte de vente. Cette mention peut inquiéter l'acheteur, qui peut négocier une réduction de prix pour couvrir le risque de sinistre sans DO. Les banques peuvent refuser ou durcir les conditions de financement d'un bien sans DO. La décote liée à l'absence de DO peut atteindre 5 à 10 % du prix de vente.

Risque 4 : sanction pénale pour les professionnels

Pour les promoteurs immobiliers et les constructeurs professionnels qui vendent des biens sans DO, la sanction est pénale : emprisonnement d'un an et amende de 75 000 €. Ce risque ne concerne pas les particuliers qui construisent pour leur propre usage, mais il concerne les personnes qui font construire pour louer ou revendre immédiatement.

Le coût de l'absence de DO face au coût de la DO :

Pour une maison à 250 000 €, la DO coûte 2 500 à 5 000 € (1 à 2 %).

Un sinistre décennal grave (reprise de fondations) peut coûter 30 000 à 80 000 € de réparations.

Le ratio est éloquent : la DO protège contre un risque financier 10 à 30 fois supérieur à son coût. C'est l'une des assurances au meilleur rapport protection/prix dans le domaine de la construction.

Mettre en jeu la garantie : la procédure

La procédure de mise en jeu de la DO est très encadrée par la loi. Des délais précis s'imposent à l'assureur. Les connaître permet au propriétaire de faire respecter ses droits.

Étape 1 : la déclaration de sinistre

Dès que vous constatez un désordre susceptible de relever de la garantie décennale, adressez une déclaration de sinistre à votre assureur DO par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette déclaration doit contenir :

  • Vos coordonnées et le numéro du contrat DO
  • L'adresse du bien sinistré
  • La date d'apparition du désordre
  • Une description précise du désordre (avec photographies si possible)
  • La date de réception des travaux (point de départ des 10 ans)

Déclarez le sinistre le plus tôt possible. En cas d'urgence (risque d'effondrement, infiltration grave), mentionnez-le explicitement dans la déclaration.

Les délais réglementés de l'assureur

  • 10 jours : délai pour accuser réception de la déclaration de sinistre
  • 15 jours : délai pour indiquer si la garantie est mise en jeu ou si le sinistre est rejeté
  • 90 jours : délai maximum à compter de la déclaration pour soumettre une offre d'indemnisation. Ce délai est réduit à 60 jours si l'assureur reconnaît que les travaux de réparation sont urgents

Le rôle de l'expert mandaté par l'assureur

Après réception de la déclaration, l'assureur mandate un expert pour se rendre sur place et évaluer les désordres. Cet expert est indépendant et donne son avis technique sur la nature des désordres (décennal ou non), leur cause probable et leur coût de réparation. Le propriétaire peut se faire assister par son propre expert (expert d'assuré) lors de la visite de l'expert mandaté. Cette démarche est recommandée pour les sinistres importants.

L'offre d'indemnisation et les travaux

Si l'assureur reconnaît le sinistre, il soumet une offre d'indemnisation. Cette offre couvre le coût de réparation des désordres décennaux. Si vous acceptez l'offre, les travaux peuvent être réalisés et l'assureur paie directement les entreprises ou vous rembourse selon les modalités du contrat. Si vous refusez l'offre (jugée insuffisante), vous pouvez la contester et engager une contre-expertise.

Expert en assurance construction réalisant une visite d'expertise après déclaration de sinistre dommages-ouvrage

Après la déclaration de sinistre, l'assureur dommages-ouvrage mandate un expert pour évaluer les désordres. L'assureur dispose de 90 jours à compter de la déclaration pour soumettre une offre d'indemnisation. Ces délais sont réglementés par la loi et sont protecteurs pour le propriétaire. En cas de non-respect de ces délais, des pénalités s'appliquent automatiquement contre l'assureur.

Assureur qui refuse ou qui tarde : les recours

Parfois, l'assureur refuse de mettre en jeu la garantie ou tarde à traiter le sinistre. Des recours existent pour faire respecter vos droits.

En cas de refus de garantie

Si l'assureur refuse de reconnaître le sinistre (il estime que le désordre n'est pas décennal), plusieurs voies sont possibles :

  • Contre-expertise : mandatez votre propre expert (expert d'assuré, technicien du bâtiment) pour établir un rapport contradictoire. Si les expertises divergent, une expertise judiciaire peut trancher
  • Recours amiable : adressez une lettre recommandée au service réclamations de l'assureur. Cette démarche est souvent ignorée mais peut parfois débloquer la situation
  • Médiateur de l'assurance : saisine gratuite du médiateur de l'assurance si le recours amiable échoue. La médiation peut conduire à un accord
  • Action judiciaire : recours devant le tribunal judiciaire pour faire reconnaître la mise en jeu de la garantie. Cette procédure nécessite l'assistance d'un avocat

En cas de dépassement des délais

Si l'assureur ne respecte pas les délais réglementés (10 jours pour accuser réception, 15 jours pour la mise en jeu, 90 jours pour l'offre d'indemnisation), des pénalités s'appliquent automatiquement. L'offre d'indemnisation finale doit être majorée d'un intérêt égal au double du taux légal pour chaque mois de retard. Notez toutes les dates (envois, réceptions) et relancez formellement par lettre recommandée à chaque dépassement de délai.

Situations fréquentes et conseils pratiques

Cas 1 : je fais construire ma maison avec un constructeur de maison individuelle (CMI)

  • Le constructeur CMI peut proposer une DO négociée en groupe à un tarif potentiellement avantageux. Comparez quand même avec le marché direct
  • Demandez systématiquement les attestations d'assurance décennale de toutes les entreprises intervenant sur le chantier (maçon, couvreur, plombier, électricien). Ces attestations conditionnent la qualité de votre protection
  • Souscrivez votre DO avant le premier coup de pelleteuse, même si le constructeur dit "ne pas s'en occuper"

Cas 2 : je coordonne moi-même les artisans sans passer par un constructeur

  • C'est le cas le plus risqué du point de vue DO. Votre tarif sera plus élevé car le risque perçu par l'assureur est plus grand
  • Commencez les démarches de souscription dès que votre permis est accordé. Certains assureurs peuvent prendre plusieurs semaines pour analyser votre dossier et émettre un contrat
  • Vérifiez impérativement les attestations décennales de chaque artisan avant de les faire intervenir. Un artisan sans assurance décennale fragilise votre couverture DO
  • Un maître d'œuvre ou un architecte qui suit le chantier réduit votre tarif DO et améliore la qualité du suivi

Cas 3 : je veux vendre ma maison construite il y a 6 ans sans DO

  • L'absence de DO doit être mentionnée dans l'acte de vente. Le notaire le vérifiera et l'inscrira dans l'acte
  • L'acheteur devra en être informé avant la signature du compromis, pas seulement lors de la signature définitive
  • La décote liée à l'absence de DO peut être négociée dans le prix de vente. Elle représente généralement le coût d'un sinistre décennal probable pondéré par la probabilité
  • Il n'est pas possible de souscrire une DO rétroactivement après la réception des travaux. Vous pouvez en revanche proposer à l'acheteur de retenir une provision sur le prix de vente pour couvrir un éventuel sinistre

Cas 4 : j'ai des infiltrations dans ma toiture 4 ans après réception

  • Les infiltrations qui rendent le bâtiment impropre à son usage relèvent de la garantie décennale. Vérifiez d'abord que vous êtes encore dans les 10 ans après réception
  • Déclarez le sinistre à votre assureur DO par lettre recommandée AR sans attendre. Prenez des photos des désordres et des dommages intérieurs
  • Si l'assureur tarde ou refuse, rappellez-lui les délais réglementés (90 jours pour l'offre) et les pénalités de retard
  • En cas de blocage, consultez un expert d'assuré pour obtenir un rapport contradictoire
Les garanties de la construction : récapitulatif :

Garantie de parfait achèvement (1 an) : tous les défauts signalés lors de la réception et dans l'année qui suit. Charge du constructeur

Garantie biennale des équipements (2 ans) : dysfonctionnement des équipements dissociables (chaudière, radiateurs, robinetterie). Charge du constructeur

Garantie décennale (10 ans) : désordres compromettant la solidité ou l'usage. Assurée par le constructeur (assurance décennale)

Assurance dommages-ouvrage (10 ans) : préfinancement des réparations décennales sans attendre un procès. Souscrite par le maître d'ouvrage

Ces quatre couvertures sont complémentaires. La DO est la seule souscrite par le maître d'ouvrage lui-même.

Erreurs fréquentes et points de vigilance


Erreur 1 : penser que la garantie décennale du constructeur suffit

La garantie décennale du constructeur est indispensable, mais elle ne suffit pas à protéger le propriétaire efficacement. Pour la mettre en jeu directement, le propriétaire doit prouver la faute du constructeur, attendre l'issue d'un litige souvent long et ne pas avoir d'autre solution pour financer les réparations urgentes. La DO est le complément indispensable de la décennale : elle préfinance les réparations et vous évite toute procédure judiciaire préalable.

Erreur 2 : ne pas vérifier les attestations décennales des artisans

Votre DO n'est utile que si les constructeurs ont eux-mêmes leurs assurances décennales en ordre. Si l'artisan responsable du sinistre n'a pas de décennale, votre assureur DO indemnisera quand même (c'est le principe de la DO) mais aura plus de mal à récupérer sa mise. Dans certains cas, votre assureur DO pourrait se retourner contre vous si vous avez fait intervenir des artisans sans décennale. Vérifiez les attestations d'assurance décennale de chaque entreprise avant le début de son intervention.

Erreur 3 : déclarer le sinistre trop tard

La garantie décennale court pendant 10 ans après la réception des travaux. Si vous attendez trop longtemps pour déclarer un sinistre (parce que vous espériez que le problème se résolve seul ou parce que vous ne saviez pas que c'était couvert), vous risquez de vous retrouver hors délai. Déclarez tout désordre suspect dès son apparition, même si vous n'êtes pas sûr qu'il soit décennal. L'expert mandaté par l'assureur tranchera cette question.

Erreur 4 : accepter trop vite l'offre d'indemnisation

L'offre d'indemnisation proposée par l'assureur peut parfois sous-évaluer le coût réel des réparations. Ne l'acceptez pas précipitamment. Faites établir un devis détaillé par une entreprise qualifiée avant d'accepter l'offre. Si l'offre est insuffisante, vous pouvez la contester et demander une contre-expertise. Une fois l'offre acceptée, il est difficile de réclamer une indemnisation complémentaire pour les mêmes désordres.

Erreur 5 : confondre la réception et l'achèvement des travaux

La garantie décennale et la DO démarrent à la date de réception des travaux, pas à la date d'achèvement. La réception est l'acte par lequel le maître d'ouvrage accepte l'ouvrage construit par le constructeur (avec ou sans réserves). Elle est formalisée par un procès-verbal de réception. Si vous n'avez pas de procès-verbal de réception formalisé, la date de réception peut être contestée. Formalisez toujours la réception par un écrit signé des deux parties.

Conclusion : une assurance indispensable pour votre tranquillité

L'assurance dommages-ouvrage est l'une des protections les plus sous-estimées dans le monde de la construction privée. Trop souvent, les particuliers la perçoivent comme une dépense inutile ajoutée à un budget construction déjà serré. C'est pourtant l'assurance qui peut faire la différence entre une malfaçon gérée rapidement et sereinement et des années de procédure judiciaire coûteuse et stressante. Son coût, entre 1 et 3 % du prix de construction, est dérisoire comparé aux 10 ans de protection qu'elle offre contre des risques financiers qui peuvent dépasser plusieurs dizaines de milliers d'euros. Souscrivez-la systématiquement, avant l'ouverture du chantier, après avoir comparé plusieurs offres. Conservez précieusement votre contrat, qui est un document qui se transmettra avec la maison lors d'une éventuelle revente dans les 10 ans. Et en cas de sinistre, n'attendez pas : déclarez rapidement, connaissez vos délais et faites-vous accompagner si nécessaire.

Les points essentiels à retenir :

  1. Obligation légale pour tout maître d'ouvrage (particulier ou professionnel) faisant construire un ouvrage soumis à la garantie décennale.
  2. Souscription avant l'ouverture du chantier. Ne jamais attendre le début des travaux.
  3. Couvre les désordres décennaux : solidité compromise, impropriété à la destination. Pas les défauts esthétiques ni les équipements dissociables.
  4. Avantage clé : indemnisation rapide (90 jours max) sans attendre un jugement.
  5. Coût : 1 à 3 % du coût de construction TTC.
  6. Transfert automatique lors de la vente du bien pendant les 10 ans.
  7. Déclaration de sinistre : par LRAR dès l'apparition du désordre. Délais réglementés (90 jours pour l'offre).
  8. Vérifiez les attestations décennales de tous les artisans avant leur intervention.
  9. En cas de refus de garantie : contre-expertise, médiateur de l'assurance, BCT en dernier recours.
  10. Sans DO, risque à la revente : décote de 5 à 10 % possible sur le prix de vente.

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Article mis à jour en mai 2026 - Réglementation applicable en France métropolitaine
L'assurance dommages-ouvrage est régie par les articles L241-1 et L242-1 du Code des assurances, issus de la loi Spinetta du 4 janvier 1978. La garantie décennale est fondée sur l'article 1792 du Code civil. Les délais de traitement des sinistres sont fixés par les articles L242-1 et R242-1 du Code des assurances. Pour tout sinistre, consultez un expert d'assuré ou un avocat spécialisé en construction si votre assureur conteste.