Surface de plancher et emprise au sol : Comprendre et calculer
30/12/2025
Temps de lecture :
10 minutes
Surface de Plancher et Emprise au Sol : Comprendre et Calculer pour Votre Permis de Construire
La surface de plancher et l'emprise au sol sont deux notions fondamentales qui déterminent le type d'autorisation d'urbanisme nécessaire pour votre projet. Mal les calculer peut vous faire basculer d'une déclaration préalable à un permis de construire, ou pire, rendre obligatoire le recours à un architecte. En tant que dessinateur en bâtiment, je constate quotidiennement que ces concepts, pourtant essentiels, restent flous pour beaucoup de porteurs de projets. Dans cet article, je vous explique précisément comment les définir, les calculer et éviter les erreurs qui pourraient compromettre votre projet.
Qu'est-ce que la surface de plancher ?
Depuis le 1er mars 2012, la surface de plancher a remplacé l'ancienne SHON (Surface Hors Œuvre Nette) et la SHOB (Surface Hors Œuvre Brute). Cette réforme visait à simplifier les règles de calcul et à les rendre plus lisibles.
La définition légale
L'article R.111-22 du Code de l'urbanisme définit la surface de plancher comme "la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction des surfaces correspondant à l'épaisseur des murs entourant les embrasures des portes et fenêtres donnant sur l'extérieur, des vides et des trémies afférentes aux escaliers et ascenseurs, des surfaces de plancher d'une hauteur sous plafond inférieure ou égale à 1,80 mètre".
En termes plus simples, la surface de plancher correspond à la surface utilisable de votre construction, mesurée depuis l'intérieur des murs et comptant uniquement les espaces où la hauteur sous plafond dépasse 1,80 m.
Les critères cumulatifs
Pour qu'une surface soit comptabilisée en surface de plancher, elle doit remplir simultanément trois conditions :
Être close : Les espaces doivent être fermés par des murs, cloisons ou baies vitrées. Un préau ouvert, une pergola ou un carport ne créent pas de surface de plancher.
Être couverte : La surface doit être protégée par une toiture. Un patio ou une terrasse à ciel ouvert ne comptent pas.
Avoir une hauteur sous plafond supérieure à 1,80 m : Les combles non aménageables, les vides sanitaires et les sous-pentes inférieures à 1,80 m sont exclus du calcul.
Point important : Dès qu'un seul de ces trois critères n'est pas rempli, la surface n'est pas comptabilisée en surface de plancher.
Surface de plancher vs surface habitable
Attention à ne pas confondre surface de plancher et surface habitable. La surface habitable (définie par l'article R.111-2 du Code de la construction et de l'habitation) est plus restrictive :
Elle exclut les surfaces occupées par les murs, cloisons, marches, cages d'escaliers, gaines, embrasures de portes et fenêtres
Elle ne compte pas les combles non aménagés, caves, sous-sols, remises, garages, terrasses, loggias, balcons, vérandas, locaux communs
Elle s'applique uniquement aux locaux d'habitation
Exemple concret :
Une maison peut avoir 120 m² de surface de plancher mais seulement 95 m² de surface habitable si elle comporte un garage intégré de 25 m².
Le garage compte en surface de plancher mais pas en surface habitable.
Qu'est-ce que l'emprise au sol ?
L'emprise au sol est une notion géométrique plus simple que la surface de plancher, mais tout aussi importante pour déterminer vos droits à construire.
La définition réglementaire
L'article R.420-1 du Code de l'urbanisme définit l'emprise au sol comme "la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus".
Concrètement, imaginez que vous projetez votre bâtiment au sol depuis le ciel : l'ombre portée au sol correspond à l'emprise au sol.
Ce qui compte dans l'emprise au sol
L'emprise au sol inclut :
Les murs extérieurs (mesurés à l'extérieur)
Les débords de toiture de plus de 0,60 m
Les balcons, loggias et coursives en saillie
Les rampes d'accès couvertes
Les piscines (bassin uniquement, pas les margelles)
Les pergolas et carports couverts
Ce qui ne compte PAS dans l'emprise au sol
Sont exclus de l'emprise au sol :
Les débords de toiture inférieurs ou égaux à 0,60 m
Les éléments de modénature architecturale (corniches, bandeaux)
Les marquises d'une largeur inférieure à 0,60 m
Les terrasses de plain-pied
Les stationnements non couverts
Attention : Le seuil de 0,60 m pour les débords de toiture peut varier selon les PLU locaux. Certaines communes appliquent un seuil différent. Vérifiez toujours le règlement de votre PLU.
Pourquoi ces deux notions sont-elles importantes ?
La surface de plancher et l'emprise au sol sont les deux critères qui déterminent le type d'autorisation nécessaire et le recours ou non à un architecte.
Pour le choix de l'autorisation d'urbanisme
Le type d'autorisation dépend de la surface créée :
Déclaration préalable :
Construction créant entre 5 m² et 20 m² de surface de plancher ou d'emprise au sol
En zone urbaine couverte par un PLU : jusqu'à 40 m² si la surface totale après travaux reste ≤ 150 m²
Permis de construire :
Construction créant plus de 20 m² (ou 40 m² en zone PLU)
Extension portant la surface totale à plus de 150 m²
Pour le recours obligatoire à l'architecte
Au-delà de 150 m² de surface de plancher, le recours à un architecte devient obligatoire pour les particuliers. C'est pourquoi le calcul précis est crucial.
Exemple :
Vous avez une maison de 130 m² et souhaitez l'agrandir de 25 m². Surface totale après travaux : 155 m² → architecte obligatoire.
Si vous limitez l'extension à 19 m², vous restez à 149 m² → dessinateur en bâtiment suffisant.
Pour le respect des règles du PLU
Le PLU de votre commune fixe des règles maximales :
Coefficient d'emprise au sol (CES) : Pourcentage maximal du terrain pouvant être bâti (ex : 40% d'emprise maximum)
Densité maximale : Parfois exprimée en surface de plancher maximale par m² de terrain
Dépasser ces seuils entraîne automatiquement le refus de votre autorisation.
Comment calculer la surface de plancher : méthode pas à pas
Le calcul de la surface de plancher suit une logique simple : on additionne toutes les surfaces closes et couvertes, puis on déduit les surfaces non comptabilisables.
Étape 1 : Mesurer les surfaces brutes
Mesurez chaque niveau de votre construction au nu intérieur des façades, c'est-à-dire à l'intérieur des murs extérieurs.
Méthode de mesure :
Prenez les dimensions depuis la face intérieure des murs extérieurs
Incluez l'épaisseur des cloisons intérieures
Mesurez longueur × largeur pour chaque pièce
Additionnez toutes les surfaces de tous les niveaux
Étape 2 : Déduire les surfaces réglementaires
De la surface brute calculée, vous devez déduire :
1. Les surfaces de hauteur sous plafond ≤ 1,80 m
Combles non aménagés
Sous-pentes des toitures
Mezzanines basses
2. Les vides et trémies
Cage d'escalier (trémie uniquement, pas les marches)
Gaine d'ascenseur
Vide sur séjour (double hauteur)
3. L'épaisseur des murs entourant les embrasures
Embrasures de portes donnant sur l'extérieur
Embrasures de fenêtres donnant sur l'extérieur
Embrasures de portes-fenêtres et baies vitrées
Précision importante : Seules les embrasures donnant sur l'extérieur sont déductibles. Les embrasures de portes intérieures ne le sont pas.
Étape 3 : Appliquer les déductions spécifiques
L'article R.111-22 du Code de l'urbanisme prévoit des déductions supplémentaires pour certains locaux techniques ou d'usage collectif :
Pour les immeubles collectifs :
Combles et sous-sols non aménageables
Caves et celliers
Locaux techniques (chaufferie, local poubelles)
Parties communes (halls, couloirs d'accès, locaux vélos)
Pour tous types de constructions :
Stationnements couverts (garages, parkings)
Rampes d'accès aux stationnements
Locaux techniques nécessaires au fonctionnement du bâtiment
Attention aux garages : Si un garage intégré à une maison individuelle est déductible de la surface de plancher, il compte pour déterminer si le seuil de 150 m² est franchi ou non. Une maison avec 120 m² habitables + 40 m² de garage = 160 m² de surface de plancher → architecte obligatoire, même si le garage sera déduit au final.
Exemple de calcul complet
Projet : Extension d'une maison existante
Maison existante :
Rez-de-chaussée : 80 m² (nu intérieur)
Étage : 60 m² (nu intérieur)
Garage intégré : 20 m²
Surface brute existante : 160 m²
Déduction garage : -20 m²
Surface de plancher existante : 140 m²
Extension projetée :
Surface brute : 25 m² (nu intérieur)
Embrasures fenêtres : -1 m²
Surface de plancher créée : 24 m²
Résultat :
Surface totale après travaux : 140 + 24 = 164 m²
Type d'autorisation : Permis de construire obligatoire
Architecte : Obligatoire (dépassement du seuil de 150 m²)
Comment calculer l'emprise au sol
Le calcul de l'emprise au sol est plus simple que celui de la surface de plancher, mais nécessite de la précision.
Méthode de calcul
Étape 1 : Mesurez le contour extérieur de votre construction au niveau du sol
Prenez les dimensions à l'extérieur des murs
Incluez l'épaisseur des enduits et revêtements de façade
Étape 2 : Ajoutez les éléments en saillie
Débords de toiture > 0,60 m
Balcons et loggias
Auvents et pergolas couverts
Rampes d'accès couvertes
Étape 3 : Calculez la surface totale projetée au sol
Pour les formes rectangulaires : longueur × largeur
Pour les formes complexes : décomposez en rectangles ou utilisez un plan coté
Astuce professionnelle : Pour les projets complexes, utilisez un logiciel de dessin (AutoCAD, SketchUp) ou faites appel à un dessinateur. Une erreur de calcul peut avoir des conséquences importantes.
Les cas particuliers
Les piscines :
Seule la surface du bassin compte en emprise au sol
Les margelles et plages ne sont pas comptabilisées
Une piscine couverte compte également en surface de plancher
Les carports et pergolas :
Ils créent de l'emprise au sol s'ils sont couverts
Ils ne créent pas de surface de plancher (pas de parois closes)
Les terrasses :
Terrasse de plain-pied : aucune emprise au sol
Terrasse surélevée de plus de 0,60 m : emprise au sol
Les erreurs fréquentes à éviter
Certaines erreurs reviennent systématiquement lors du calcul des surfaces. Voici comment les éviter.
Erreur n°1 : Confondre surface habitable et surface de plancher
C'est l'erreur la plus courante. Le garage, même s'il n'est pas habitable, compte en surface de plancher pour les seuils d'autorisation.
Erreur typique :
"Ma maison fait 140 m² habitables, je peux ajouter 30 m² sans architecte." Réalité : Si la maison comporte un garage intégré de 25 m², la surface de plancher est de 165 m² → architecte obligatoire dès le départ.
Erreur n°2 : Oublier de mesurer au nu intérieur
Pour la surface de plancher, on mesure au nu intérieur des façades, pas à l'extérieur. Cette différence peut représenter 5 à 10 m² selon l'épaisseur des murs.
Erreur n°3 : Mal interpréter la hauteur de 1,80 m
La hauteur de 1,80 m s'applique sous plafond fini, pas sous chevrons ou dalle brute. Dans les combles aménagés, seule la partie où vous pouvez vous tenir debout compte.
Erreur n°4 : Négliger les débords de toiture
Un débord de toiture de 0,70 m sur tout le pourtour d'une maison de 10×10 m peut ajouter 15 m² d'emprise au sol. Vérifiez toujours les débords.
Erreur n°5 : Oublier de cumuler existant et création
Pour déterminer si un architecte est obligatoire, il faut additionner la surface existante ET la surface créée. Beaucoup ne comptent que l'extension.
Les outils et ressources pour vous aider
Les simulateurs en ligne
Le site service-public.fr propose des simulateurs qui vous aident à déterminer le type d'autorisation nécessaire selon vos surfaces. Bien qu'utiles, ils ne remplacent pas un calcul précis réalisé par un professionnel.
Les fiches pratiques du ministère
Le ministère de la Transition écologique publie des fiches explicatives détaillées sur le calcul de la surface de plancher. Ces documents sont des références officielles que vous pouvez consulter gratuitement.
Les logiciels de dessin
Pour les projets complexes, les logiciels professionnels (AutoCAD, ArchiCAD, Revit) permettent de calculer automatiquement les surfaces à partir des plans. C'est la garantie d'une précision au centimètre près.
Le rôle du dessinateur dans le calcul des surfaces
Face à la complexité des règles et aux conséquences d'une erreur, faire appel à un dessinateur en bâtiment est un investissement judicieux.
Une expertise technique reconnue
Le dessinateur en bâtiment maîtrise parfaitement :
Les définitions réglementaires et leur application pratique
Les méthodes de mesure et de cotation précises
Les cas particuliers et les subtilités d'interprétation
Les logiciels de calcul automatique de surfaces
Des calculs certifiés et opposables
Lorsqu'un professionnel réalise vos plans et calcule vos surfaces :
Les surfaces sont calculées selon les normes en vigueur
Les plans sont cotés au centimètre près
Les calculs sont vérifiables et opposables à l'administration
Vous disposez d'une garantie en cas de contrôle
Une optimisation de votre projet
Le dessinateur peut vous aider à optimiser votre projet pour :
Rester sous les seuils réglementaires si vous le souhaitez
Maximiser les surfaces déductibles légalement
Éviter le recours obligatoire à l'architecte quand c'est possible
Respecter les règles d'emprise du PLU
Cas concret d'optimisation :
Un client souhaitait une extension de 35 m² qui aurait porté sa maison à 153 m². En réduisant l'extension à 32 m² et en optimisant l'aménagement intérieur, nous sommes restés à 149 m², évitant ainsi le recours obligatoire à l'architecte et une économie de plusieurs milliers d'euros d'honoraires.
Que faire en cas de désaccord avec l'administration ?
Il peut arriver que le service instructeur conteste vos calculs de surface. Voici comment réagir.
Demander des précisions écrites
Si l'administration remet en cause vos calculs, demandez-lui de préciser par écrit :
Quelle surface elle conteste
Sur quelle base réglementaire
Quelle méthode de calcul elle applique
Fournir des justificatifs détaillés
Répondez avec des éléments précis :
Plans cotés au 1/100e minimum
Tableaux de calcul détaillés par niveau
Références aux articles du Code de l'urbanisme
Photos ou relevés sur site si nécessaire
Solliciter un recours si nécessaire
Si le désaccord persiste et que vous êtes certain de votre calcul, vous pouvez :
Saisir le supérieur hiérarchique du service instructeur
Former un recours gracieux auprès du maire
En dernier recours, saisir le tribunal administratif
Notre conseil : La grande majorité des désaccords se règlent par le dialogue et la fourniture de justificatifs précis. Un dossier bien préparé avec des plans professionnels évite 90% des contestations.
Conclusion : la précision avant tout
La surface de plancher et l'emprise au sol sont des notions techniques qui conditionnent la faisabilité de votre projet. Une erreur de calcul peut avoir des conséquences importantes :
Dépôt d'une autorisation inadaptée (déclaration au lieu de permis)
Refus du dossier pour dépassement des seuils
Recours obligatoire à l'architecte non anticipé
Non-respect des règles du PLU
Sanctions en cas de construction non conforme
Face à ces enjeux, la rigueur et la précision sont indispensables. Les quelques heures ou centaines d'euros investis dans un calcul professionnel vous éviteront des mois de retard et des milliers d'euros de surcoûts.
Vous avez un doute sur vos calculs de surface ?
Contactez-moi pour une analyse précise de votre projet. Je calcule vos surfaces selon les normes en vigueur, vous conseille sur le type d'autorisation nécessaire et optimise votre projet pour respecter les seuils réglementaires si vous le souhaitez.